jeudi, 22 février 2007
Sauve (l'école) qui peut !
En cette veille de vacances scolaires, parlons un peu d'école...![]()
J'ai relevé il y a quelques jours dans la Nouvelle République du Centre-Ouest, les propos d'un député de l'Indre, M. Bernard Pousset (2ème circonscription) qui, répondant à un enseignant syndicaliste (NR_17_fevrier_2007_manif_IA.jpg), exprime ainsi son opinion - d'autant plus librement qu'il ne se représente pas :
« Une fois de plus les prévisions d'effectifs pour la rentrée prochaine provoquent des polémiques et des remarques purement comptables, et les questions de fonds relatives à l'Education nationale ne sont jamais abordées. A ceux qui tiennent absolument à ne faire que du comptable, il faut rappeler que le nombre d'élèves dans le primaire a fortement diminué depuis le début des années 90 mais que, parallèlement, le nombre d'enseignants avait augmenté avec un saupoudrage de moyens dont chacun peut mesurer le caractère dérisoire.
Notre priorité doit être au redéploiement ciblé des moyens, pour offrir un soutien efficace aux élèves qui rencontrent de grandes difficultés. Maintenir ces élèves dans des classes prétendument allégées à 22 ou 24 élèves est contre-productif. La logique comptable est stérile. Mieux vaudrait des classes à 27, avec la possibilité de prendre en charge temporairement ou durablement les cas difficiles dans des structures à 5-6 élèves, au sein du même établissement. L'efficacité doit primer sur l'idéologie.
De même, des départements ruraux comme l'Indre, avec un grand nombre de petites communes, ont été historiquement surdotés en moyens, parce que les structures y étaient davantage éclatées. Pour éviter la multiplication des classes à triple ou quadruple niveau, les communes s'organisent aujourd'hui en regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI), qui sont de grandes réussites. Là encore, pointer une baisse ou une hausse comptable est sans signification : ce qui compte, c'est l'évolution qualitative. “ Aucune école élémentaire n'a plus de 25 élèves ”
Aujourd'hui, le taux d'encadrement moyen dans l'Indre est de 22 élèves face à un professeur, et aucune école élémentaire n'est au-dessus de 25 élèves* : qui le sait ? Est-ce là la pénurie que certains dénoncent ? Les syndicats qui prétendent défendre coûte que coûte le système admettent-ils que les politiques s'interrogent sur l'organisation de l'Education nationale et proposent des évolutions ? En matière de scolarisation à deux ans, nous savons que c'est un bon moyen d'améliorer l'égalité des chances pour les enfants socialement défavorisés ou dont la langue maternelle n'est pas le français, grâce notamment à un enrichissement de leur vocabulaire. Mais pour les autres enfants, cela ne change globalement rien. Et si nous devons améliorer l'offre en matière de garde d'enfants dans le département, l'école n'a pas vocation à se transformer en garderie.
Là encore, les débats comptables sont insuffisants. Certaines organisations syndicales, très visibles en janvier, le sont souvent beaucoup moins en septembre, lorsque les politiques interviennent pour ajuster, avec l'inspection académique et au cas par cas, les prévisions et les effectifs réels. »
(* Ce qu'il veut dire par là, c'est que la moyenne d'effectif des écoles est inférieure à 25 par classe, ce qui ne signifie pas que toutes les classes sont en dessous de 25 élèves.On peut avoir dans une école, une classe à moins de 20 - parce que c'est un cours double type CE2/CM1 - et une autre à plus de 25 pour compenser.)
Réponse aujourd'hui d'Ellie Page, citoyen lambda, publiée dans la NR :
NR_22_fevrier_2007_Vous le dites dans la NR.pdf
Malheureusement, cette logique comptable est inéluctable : l'Inspecteur d'Académie à qui on inflige cette année un retrait de 17 postes, est bien obligé de les fermer... (et de la fermer)
A la rentrée 2007, la petite école de la Martinerie à Déols, qui fonctionnait depuis 1948, va devoir fermer sa dernière classe. On ferme aussi la maternelle Madeleine Sologne, et une classe à l'élémentaire Jean Moulin, où les parents occupent les locaux. Et cela n'est que pour Châteauroux (et c'est non exhaustif).
(NR_21_fevrier_2007_fermeture_ecole_deols.pdf)
Car on ferme aussi en campagne. Les maires des petites communes rurales râlent depuis quelques temps - et jusque devant le tribunal administratif - parce qu'on leur impose de payer pour la scolarisation des enfants de leurs administrés qui étudient en ville, voire dans le privé. Ils arguent que ça leur coûte cher. Et c'est vrai : pas loin de 500 euros par élève et par an !
Car les fameux RPI (Regroupements Pédagogiques Intercommunaux) qu'évoque Bernard Pousset, s'ils fonctionnent bien à la base, se trouvent également touchés par des fermetures de classes (NR_10_fevrier_2007_fermeture_classe_RPI_Pellevoisin.jpg ). Comment jeter la pierre à ces parents qui préfèrent scolariser leurs enfants en ville (où sans doute ils travaillent eux-mêmes) plutôt que de les laisser partir en bus vers des villages voisins, avec tous les aléas et fatigues que ça impose ?
Or, les salaires des enseignants sont payés par l'Etat. Quand on ferme des classes, c'est pour faire baisser le nombre de fonctionnaires d'Etat, tandis que le coût des transports dans les RPI est assumé par les collectivités locales.
Voilà donc les petites communes tenues d'endosser des frais qui leur échoient parce que l'Etat se désengage... C'est ça aussi, la décentralisation. Et c'est bien une question comptable.
12:45 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : école, carte scolaire, Indre, regroupement pédagogique intercommunal, Châteauroux, fermeture de classes, Nouvelle république








Commentaires
Justement, nous sommes dans le mille !!
A l’école primaire de Saint-Maur, ces dernières semaines, le Maître de ma fille vient de poser son congé parental après avoir prévenu l’éducation nationale dans des délais plus que suffisants.
1ère semaine, personne pour le remplacer. L’inspection académique a expliqué que le remplaçant disponible avait une mission plus importante…..Plus importante qu’un CP !!
Pendant plusieurs jours les enfants ont été répartis dans d’autres classes déjà bien chargées !
Merci pour l’avenir de nos bambins !
Ecrit par : Patrice | jeudi, 22 février 2007
Un petit mot rapide sur ce sujet, car il est bien tard ce soir !
Une précision Ellie, pour vous signaler que Bernard Pousset, Député de l'Indre se (re)présente, dans la 3ème circonscription de l'Indre.
Ceci étant dit, quand je lis : "Pour éviter la multiplication des classes à triple ou quadruple niveau les communes s'organisent aujourd'hui en regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI), qui sont de grandes réussites.", je ne puis qu'affirmer, que c'est loin d'être le cas dans toutes les communes, et je pourrais facilement citer des villages du nord du département, en situation de RPI, dont les classes ont 3 voire 4 niveaux chacunes : bon courage aux enseignants !
Ensuite, concernant le coût des transports assumé par les collectivités locales, vous avez raison Ellie. Vous pourriez aussi ajouter d'autres frais, comme par exemple les frais d'impression de tous les papiers que fait parvenir l'Inspection d'Académie, désormais par mail et que les directeurs d'écoles doivent imprimer et archiver...
Mais il ne faut pas croire non plus que seule l'Education Nationale est responsable du manque de moyens dans les établissements scolaires. J'ai pu, par exemple, observer, dans une commune qui a pourtant des moyens suffisants, comment le Maire, ne souhaitant pas investir dans son école (ce qui est bien surprenant pour une commune rurale), essayait malicieusement, lors de la création d'une garderie, de mettre à disposition des élèves durant ce temps d'accueil périscolaire, les moyens destinés au bon fonctionnement du temps scolaire de son école. Heureusement que la Directrice de l'Ecole veillait !
Enfin, sur le principe, j'estime que dès-lors que les effectifs d'une commune sont stables ou augmentent, on ne peut légitimement fermer des classes !
Je voulais écrire un "petit mot rapide" et j'ai été finalement un peu long... Il est vrai que le sujet est plus qu'intéressant. Allez, maintenant, Bonne nuit !!!
Ecrit par : Arnaud | vendredi, 23 février 2007
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